Les métiers du BTP à l’ère du numérique : Zoom sur le métier de Consultante PROJETEUSE BIM CVC/PLOMBERIE

Pouvez-vous vous présenter brièvement : votre parcours et comment vous êtes devenue Projeteuse BIM CVC/Plomberie chez Agap2 à Lyon ?

Je suis Ange KOUAKOU, de nationalité ivoirienne. J’ai suivi un parcours plutôt classique pour pouvoir évoluer aujourd’hui dans le BIM:

  • Un diplôme de technicien supérieur option bâtiment et urbanisme à l’Institut National Polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INP-HB) m’a donné un aperçu sur le bâtiment et tous ses composants.
  • Une licence et un master en génie civil et architecture à l’université de Grenoble Alpes m’a permis d’approfondir mes connaissances en ingénierie , en conception et en collaboration avec d’autres corps du métier.

Durant mon cursus scolaire j’ai eu un certain nombre d’expérience qui m’a permit de maîtriser des outils de conception et de calcul et c’est durant une expérience de conduite de travaux de Lots techniques sur un chantier de centre commerciale que j’ai développé le combo technique et Bim sur le CVC et la Plomberie. Ce qui m’a tout naturellement ouvert la porte sur le métier de Projeteuse Bim CVC/Plomberie que j’exerce depuis bientôt 3 ans.

Le BIM est un terme qu’on entend de plus en plus dans le BTP, mais beaucoup de professionnels ne savent pas vraiment ce que c’est concrètement. Pour toi, c’est quoi le BIM — et en quoi change-t-il fondamentalement la façon de concevoir et de gérer un projet de construction ?

Le Bim pour moi ce n’est ni un logiciel, ni une mode passagère. C’est une méthode qui pousse à changer de culture dans la façon de concevoir, construire et exploiter un bâtiment.

La méthode BIM repose sur 3 piliers :

  • Une maquette numérique 3D intelligente où chaque objet contient des informations techniques
  • Des processus avec des règles de nommage, des niveaux de détails, des responsabilités et d’échanges
  • une collaboration structurée entre architecte, ingénieur, entreprise, exploitants et d’autres corps du métier.

En conception, il permet une détection précoce des conflits, des plans cohérents et des quantitatifs fiables. Sur chantier, il améliore la communication, réduit les erreurs et optimise les coûts et les délais.

Beaucoup pensent que le BIM, c’est uniquement pour les architectes. Or il existe plusieurs spécialités : BIM Architecture, BIM Structure, BIM CVC, BIM Tuyauterie… Peux-tu nous expliquer ces différences et comment chaque spécialité s’articule dans la chaîne de valeur d’un projet ?

Le BIM ne se limite pas à l’architecture : chaque spécialité modélise sa partie du bâtiment.

L’architecture définit les volumes, les espaces et sert de base aux autres lots.

La structure apporte le squelette du bâtiment et les réservations nécessaires.

Le CVC modélise les réseaux aérauliques et hydrauliques, souvent les plus volumineux.

La plomberie gère les réseaux gravitaires et sanitaires.

L’électricité (CFO/CFA) place les équipements et les chemins de câbles en coordination avec les autres réseaux. Chaque discipline travaille sur son logiciel et enrichit la maquette générale avec ses données techniques. La synthèse BIM de toutes ces données, coordonne l’ensemble pour éviter les conflits.

Rentrons dans le détail de ta spécialité : le BIM CVC (Chauffage, Ventilation, Climatisation) et Plomberie. Concrètement, sur quoi travailles-tu au quotidien — quels types de projets, quels livrables, et avec quels acteurs collabores-tu ?

Au quotidien, je travaille en phase d’exécution sur des projets tertiaires, hospitaliers, industriels ou logements collectifs. Je dimensionne et modélise les réseaux CVC et Plomberie en 3D . Je produis les notes de calcul, les plans, schémas de principe, réservations, quantitatifs et maquettes BIM

J’intègre dans les maquettes les contraintes techniques : débits, pentes, pertes de charge, encombrement, accessibilité et prépare les plans de synthèse afin de résoudre les clashs avec les autres lots.

Je collabore avec l’architecte pour les gaines, faux-plafonds et locaux techniques, coordonne avec la structure pour les réservations et les poutres gênantes, j’échange avec l’électricité pour la cohabitation des chemins de câbles et en phase EXE, je collabore aussi avec les entreprises pour adapter la maquette aux réalités chantier.


Quels sont les logiciels et outils indispensables pour exercer le métier de Projeteuse BIM CVC/Plomberie aujourd’hui — et pour quelqu’un qui utilise déjà AutoCAD ou Revit Architecture, quelle est la marche à franchir pour basculer sur le BIM CVC/Plomberie ?

Personnellement les logiciels et outils indispensables que j’utilise pour exercer aujourd’hui comme Projeteuse BIM CVC/Plomberie sont :

  • Revit :  l’outil central pour modéliser les réseaux CVC et Plomberie en 3D.
  • Autocad : Pour certains plans 2D, les schémas ou la reprise d’ancien projet
  • Des logiciels de calcul ou des fichiers excel , ça varie selon les bureaux d’études
  • savoir se servir de certaine visionneuses IFC et de Navisworks pour la détection de clash
  • le Pack Office

Pour passer d’AutoCAD ou de Revit Architecture au BIM CVC/Plomberie, Il faut apprendre la logique des réseaux, comprendre les bases : débits, diamètre, pentes, types d’équipement etc…

Ensuite apprendre à utiliser le volet MEP dans Revit afin de savoir comment créer des systèmes et gérer leurs paramètres ainsi qu’apprendre à lire les notes de calculs. Il faut aussi se familiariser avec la coordination avec la structure , l’électricité et l’architecture. Avec de la pratique, la transition se fait très vite.

Un étudiant en Génie Civil, un technicien en bureau d’études ou un ingénieur en reconversion qui veut se spécialiser dans le BIM CVC — quel parcours de formation lui recommandes-tu ? Faut-il forcément un diplôme d’ingénieur ou des certifications courtes suffisent-elles ?

Pas besoin d’être ingénieur pour se spécialiser en BIM CVC/Plomberie. Un étudiant en génie civil, un technicien ou un ingénieur en reconversion peut y arriver avec un parcours progressif.

L’idéal est d’avoir une base en thermique du bâtiment et en réseaux fluides (CVC, EF/EC, EU/EV). Ensuite, il faut se former aux outils : Revit MEP, AutoCAD, Navisworks, et aux bases du BIM.

Des formations courtes (3 à 6 mois) suffisent pour devenir opérationnel en modélisation. Les diplômes d’ingénieur sont utiles pour le calcul et la conception, mais pas obligatoires pour être modeleur BIM. Ce qui compte le plus, c’est la pratique, la compréhension des réseaux et la capacité à travailler en coordination.

Tu exerces en France, dans un environnement où le BIM est déjà bien structuré. En Afrique, le secteur en est encore à ses débuts. Avec ton regard de praticienne terrain, comment évalues-tu le potentiel du BIM en Afrique — et quels secteurs (infrastructures, immobilier, énergie) te semblent les plus prometteurs ?

Je pense que le BIM a un énorme potentiel en Afrique, parce que les besoins en construction sont très importants : routes, logements, hôpitaux, énergie.

Le BIM peut vraiment aider à mieux coordonner les projets, éviter les erreurs, réduire les coûts et améliorer les délais de construction, ce qui est souvent un défi sur les chantiers.

Pour moi, les secteurs les plus prometteurs sont d’abord les infrastructures (routes, ponts, aéroports), car ce sont des projets complexes et en plein essor en Afrique.

Ensuite vient l’immobilier et les bâtiments tertiaires : bureaux, hôtels, centre commerciaux, logements collectifs où les promoteurs internationaux demandent déjà du BIM. En résumé,  l’Afrique peut adopter le BIM très vite et en tirer un vrai avantage si la méthode est utilisée de façon optimale. 

Le BIM reste un secteur très masculin. En tant que femme qui exerce ce métier à haut niveau en Europe, quel message adresses-tu aux jeunes femmes africaines qui hésitent à s’orienter vers les métiers du BTP numérique ?

Être femme dans le BIM ou le BTP, ce n’est pas un handicap : c’est une force. Les métiers du numérique dans la construction demandent de la rigueur, de l’organisation, de la logique et de la créativité — des qualités que beaucoup de femmes possèdent déjà. Le BIM n’est pas un métier “physique”, c’est un métier technique et digital, totalement accessible.

Aux jeunes femmes africaines, je dirais : n’ayez pas peur d’entrer dans ce domaine. Le secteur a besoin de nous, de notre précision, de notre vision et de notre professionnalisme. Le BIM est un domaine d’avenir, avec de vraies opportunités.

Quel est ton conseil final à un professionnel du Génie Civil — étudiant, technicien ou ingénieur — qui veut intégrer le BIM dans sa carrière dès aujourd’hui ? Par où commencer concrètement ?

Voici le conseil le plus simple et le plus utile pour un étudiant, un technicien ou un ingénieur qui veut intégrer le BIM dans sa carrière dès aujourd’hui :

Commence par maîtriser un outil BIM concret, celui le plus utilisé par les professionnels de la branche choisie. Par exemple pour le CVC/Plomberie, idéalement Revit MEP, car c’est celui utilisé partout.

Pas besoin d’un diplôme supplémentaire : une formation courte et pratique suffit pour devenir opérationnel, mais si tu as la possibilité c’est toujours bien de faire des formations spécialisées pour avoir des connaissances plus poussées et rentrer plus vite sur le marché du travail.

Comprendre la coordination avec les différents corps du métier ( architecture, structure, Lots techniques). Familiarise‑toi avec un outil de synthèse comme Navisworks. Et surtout, avance étape par étape : Le métier se construit par la pratique.

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