PRÉSENTATION
Pouvez-vous vous présenter brièvement et expliquer votre parcours jusqu’à votre poste actuel de Data Scientist ?
Je suis Kodjo TOBLOME, Data Scientist avec plus de 6 années d’expérience, spécialisé en modélisation prédictive et intelligence artificielle. J’interviens sur des problématiques data à fort enjeu, en concevant des modèles de machine learning de bout en bout, depuis l’exploration et la préparation des données jusqu’à leur mise en production. Mon approche est résolument orientée impact métier, avec des cas d’usage concrets comme la prédiction du churn, les systèmes de recommandation ou l’optimisation de la valeur client.
Mon parcours a débuté par une formation en mathématiques, qui m’a permis de construire une base solide en statistiques et en modélisation. J’ai ensuite évolué vers la data à travers des projets concrets en analyse et machine learning, avant d’occuper un premier rôle en Data Scientist. Au fil des expériences, je me suis spécialisé dans la construction et l’industrialisation de modèles, en travaillant sur l’ensemble du cycle de vie data, de la collecte et préparation des données jusqu’au déploiement et au monitoring des modèles en production, ce qui constitue aujourd’hui le cœur des pratiques modernes en data science et MLOps.
COMPRENDRE LE MÉTIER DE DATA SCIENTIST
Pour quelqu’un qui découvre ce domaine, qu’est-ce qu’un Data Scientist et quel est son rôle dans une entreprise ?
Un Data Scientist est un professionnel qui transforme les données en prédictions, insights et décisions automatisées. C’est un rôle à la fois technique et stratégique, au cœur de l’intelligence artificielle et de la prise de décision en entreprise.
Concrètement, il collecte, analyse et interprète de grandes quantités de données pour identifier des patterns, comprendre des comportements et anticiper des résultats futurs.
Ses missions principales consistent à explorer les données, construire des modèles statistiques et de machine learning, évaluer leur performance, puis les déployer pour automatiser certaines décisions.
Il intervient sur des cas d’usage très concrets comme la prédiction (ventes, churn, fraude), les systèmes de recommandation (produits, contenus) ou encore la classification (clients, documents).
Quelle est la différence entre Data Analyst, Data Scientist et Data Engineer ?
Le Data Analyst, le Data Scientist et le Data Engineer interviennent à différents niveaux de la chaîne de valeur de la donnée, avec un objectif commun mais des responsabilités distinctes.
Le Data Analyst transforme les données existantes en insights exploitables. Il travaille principalement sur l’analyse descriptive et exploratoire afin de comprendre ce qui s’est passé et d’éclairer la prise de décision. Son rôle est de rendre la donnée lisible à travers des analyses, des indicateurs et des visualisations, en lien direct avec les besoins métiers.
Le Data Scientist va plus loin dans la complexité analytique. Il utilise les données pour construire des modèles statistiques et de machine learning afin d’anticiper des comportements futurs, détecter des patterns ou automatiser des décisions. Il se situe dans une logique prédictive et décisionnelle, où la donnée devient un levier d’optimisation et d’intelligence métier.
Le Data Engineer, quant à lui, intervient en amont. Il conçoit et maintient l’infrastructure de données : pipelines, bases de données, systèmes de stockage et flux de traitement. Son rôle est de garantir que la donnée soit fiable, structurée, accessible et prête à être exploitée par les analystes et les data scientists. Il constitue ainsi le socle technique indispensable au travail des profils analytiques et data science.
LES COMPÉTENCES NÉCESSAIRES
Quelles sont les compétences techniques essentielles pour devenir Data Scientist aujourd’hui ?
Pour devenir Data Scientist aujourd’hui, plusieurs compétences techniques fondamentales sont indispensables, car elles couvrent l’ensemble du cycle de vie de la donnée, de sa collecte jusqu’à sa valorisation.
Tout d’abord, la maîtrise des langages de programmation comme Python ou R, ainsi que SQL, constitue le socle technique. Ces outils permettent de manipuler, transformer et interroger les données efficacement, condition préalable à toute analyse avancée . À cela s’ajoute une solide base en statistiques, probabilités et mathématiques, essentielle pour comprendre les données, construire des modèles fiables et interpréter correctement .
Dans un second temps, la maîtrise du machine learning et, de plus en plus, du deep learning, permet de passer de l’analyse descriptive à la prédiction et à l’automatisation. Cela inclut la connaissance des algorithmes, l’évaluation des modèles et leur optimisation . Mais ces modèles ne valent que par la qualité des données : la capacité à nettoyer, transformer et structurer les données (data preparation / data wrangling) est donc une compétence critique .
Enfin, un Data Scientist doit être capable de déployer ses modèles et de les intégrer dans des environnements réels, souvent via des technologies cloud ou des pipelines de données, afin de produire un impact concret. La visualisation et la communication des résultats complètent cet ensemble : un modèle performant n’a de valeur que s’il est compris et utilisé dans la prise de décision.
Quels outils ou langages un débutant devrait-il apprendre en priorité ?
Pour un débutant qui souhaite devenir Data Scientist, il est essentiel d’adopter une approche progressive et structurée, en commençant par les outils fondamentaux qui permettent de manipuler, explorer et exploiter la donnée tout au long du cycle analytique.
Le premier pilier est Python, aujourd’hui langage central de la data science grâce à sa lisibilité et à son écosystème riche. Il permet de couvrir l’ensemble du flux data : exploration, transformation, visualisation et modélisation. Des bibliothèques comme Pandas, NumPy ou Scikit-learn en font un outil complet pour passer rapidement de l’analyse descriptive à la modélisation prédictive.
En parallèle, SQL est indispensable. C’est le langage universel pour interroger les bases de données relationnelles, extraire l’information pertinente et structurer les jeux de données utilisés en analyse. Dans la pratique, la majorité des projets Data Science commencent par une phase intensive d’extraction et de préparation via SQL.
En complément, R peut être un atout, notamment dans des contextes orientés statistique avancée et visualisation exploratoire, car il a été conçu historiquement pour l’analyse statistique et reste très utilisé dans certains environnements professionnels et analytiques.
Une fois ce socle maîtrisé, l’évolution naturelle consiste à intégrer des frameworks de machine learning comme Scikit-learn pour les modèles classiques, puis TensorFlow ou PyTorch pour le deep learning. Ces outils permettent de passer de l’analyse à la prédiction et à l’automatisation décisionnelle.
Enfin, la montée en maturité passe par la capacité à gérer des environnements plus complexes : data pipelines, traitement de données à grande échelle et déploiement de modèles (MLOps), qui deviennent indispensables dès qu’on passe du prototype à la production.
COMMENT DEVENIR DATA SCIENTIST ?
Est-il possible de devenir Data Scientist avec une licence en mathématiques, une licence scientifique, ou en reconversion professionnelle ?
Une licence en mathématiques ou dans une filière scientifique constitue même une très bonne base de départ, car elle apporte déjà les fondamentaux indispensables : rigueur analytique, statistiques, raisonnement logique et culture de la modélisation. Ce sont précisément les compétences qui structurent le cœur du métier de Data Scientist.
À partir de là, la transition vers la data se fait progressivement par l’ajout de compétences complémentaires : programmation (Python, SQL), manipulation de données, machine learning et pratique sur des cas concrets. Ce n’est donc pas une rupture de parcours, mais une montée en spécialisation vers l’exploitation des données et la modélisation prédictive.
Dans le cas d’une reconversion professionnelle, c’est également totalement possible. Le facteur déterminant n’est pas le diplôme initial, mais la capacité à acquérir les compétences techniques et à les appliquer sur des projets réels. Beaucoup de Data Scientists viennent d’horizons variés (finance, ingénierie, économie, etc.) et réussissent grâce à une montée en compétence structurée et pratique.
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L’IMPACT DE L’IA
Avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, certains pensent que les métiers de la data (Data Scientist) vont disparaître. Quel est votre avis ?
Je dirais que l’IA et la data sont intrinsèquement liées. L’IA repose entièrement sur les données : sans données, il n’y a pas d’apprentissage, pas de modèles, pas de prédictions. Les performances d’un système d’IA dépendent directement de la qualité, du volume et de la diversité des données utilisées pour son entraînement. En ce sens, on peut dire que l’IA existe parce que la data existe, et non l’inverse.
Concernant les métiers, je ne pense pas qu’on assiste à une disparition, mais plutôt à une transformation profonde. L’IA automatise certaines tâches (préparation de données, modélisation standard, génération de code), mais elle ne remplace pas les compétences humaines clés : la compréhension métier, l’interprétation des résultats, la formulation du bon problème et la prise de décision. C’est d’ailleurs ce que confirment les tendances actuelles : les tâches évoluent, mais le besoin en experts capables de piloter et valider les systèmes IA reste essentiel.
OPPORTUNITÉS POUR LES JEUNES AFRICAINS
Pensez-vous que les métiers de la data représentent une opportunité pour les jeunes en Afrique aujourd’hui ?
Les métiers de la data science(Data Scientist) représentent aujourd’hui une voie d’avenir pour les jeunes en Afrique, portée par une transformation digitale rapide, une explosion des usages data (mobile, fintech, e-commerce) et une demande croissante en profils capables d’exploiter ces données. De nombreuses entreprises et institutions investissent dans ces compétences, et la demande en profils data continue d’augmenter sur le continent. Cette transformation crée une demande forte en compétences data, encore insuffisamment couverte localement.
Cependant, cette opportunité n’est pas automatique. Le véritable enjeu n’est pas l’accès aux métiers, mais le niveau de compétence. Il existe encore un écart entre les profils formés et les besoins du marché, notamment sur la pratique, l’industrialisation et la compréhension métier.
Ce qui rend cette opportunité particulièrement intéressante, c’est aussi le potentiel d’impact. En Afrique, la data ne sert pas seulement à optimiser des performances : elle permet de résoudre des problématiques concrètes comme l’inclusion financière, l’accès à l’énergie, la santé ou encore l’éducation.
CONSEIL FINAL
Quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans une carrière de Data Scientist ?
Le premier conseil, c’est de ne pas vouloir tout apprendre d’un coup. La data science est un domaine large, et la clé est d’avancer de manière structurée : commencer par les fondamentaux : programmation (Python, SQL) et statistiques puis monter progressivement vers le machine learning. C’est cette base solide qui fait réellement la différence sur le long terme.
Ensuite, il faut absolument pratiquer. La théorie seule ne suffit pas : ce sont les projets concrets qui permettent de comprendre, de progresser et de devenir crédible. Construire des cas réels, même simples au départ, est ce qui transforme un profil débutant en profil opérationnel.
Autre point clé : raisonner toujours en termes de problème métier. La data science n’est pas une accumulation d’algorithmes, c’est une capacité à répondre à des questions concrètes, prédire un churn, optimiser une performance, automatiser une décision. C’est cette approche qui distingue les profils techniques des profils réellement impactants.
Enfin, il faut être patient et constant. La progression en data science est cumulative : ce n’est pas un sprint, c’est un processus. Ceux qui réussissent ne sont pas ceux qui vont le plus vite, mais ceux qui construisent des compétences solides, projet après projet.

